Le géant des ports de Dubaï engage un ancien agent du Mossad pour obtenir le soutien américain à un appel d'offre au Soudan

Soumis par admin le mer 08/01/2020 - 19:40
Ari Ben-Menashe

DP World, le géant des ports de Dubai, a engagé un ancien officier de renseignement israélien pour faire pression sur le gouvernement des Etats-Unis afin que celui-ci soutienne son offre pour exploiter le plus grand terminal portuaire du Soudan.

La compagnie a signé en novembre un contrat de 5 millions de dollars — dont 1, 5 million payé sur le champ — avec Ari Ben-Menashe et sa compagnie basée à Montréal, Dickens & Madson, pour faire pression sur le Soudan afin d’obtenir une concession de 20 ans pour le terminal à conteneurs du port sud à Port-Soudan, selon des déclarations de lobbying divulguées récemment. Le contrat inclut aussi pour Dickens & Madson de faire pression sur le gouvernement de Donald Trump pour une subvention destinée à « la maintenance et au développement » du port, qui traite la majorité des importations soudanaises.

Ben-Menashe a dit à Al-Monitor qu’il a développé d’étroites relations avec des responsables soudanais grâce à un accord de lobbying avec le général Mohamed Hamdan Dagalo, l’ancien dirigeant militaire de fait du pays. Ce contrat de 6 millions de dollars avec un pays sanctionné internationalement, signé en mai 2019, a déclenché des enquêtes de la part à la fois du Canada et des Nations Unies.

Le Soudan avait conclu un marché de 2, 4 milliards de dollars pour Port-Soudan avec un opérateur portuaire philippin sous l’ancien président, Omar al-Bashir. Mais le conseil militaire de transition dirigé par Dagala a supprimé l’accord en avril 2019 après avoir destitué Bashir.

Ben-Menashe a dit à Al-Monitor que DP World s’était déjà intéressé au port à l’époque de Bashir. « Maintenant, nous avons probablement des liens plus profonds qu’eux avec les Soudanais », a-t-il déclaré. Il a ajouté qu’il représentait toujours les intérêts soudanais, mais qu’il travaillait maintenant pour le conseil militaro-civil qui a repris le contrôle au conseil militaire de transition en août dernier.

Il a dit que l’objectif est d’aider à créer une « Union soudanaise » entre le Soudan et le Soudan du Sud en stimulant les exportations d’énergie, en particulier grâce au développement de Port-Soudan. « Le Soudan du Sud a le pétrole », a déclaré Ben-Menashe, « et il ne peut être exporté, si ce n’est par le nord, via le Soudan ». L’objectif ultime, a-t-il dit, est d’avoir « deux pays souverains avec des frontières ouvertes, des mouvements de biens par-delà les frontières et une sorte d’arrangement du type de celui de l’Union européenne ».

 Ben-Menashe a insisté sur le fait qu’il a constaté « pas mal de progrès » en ce qui concerne l’obtention de la subvention des Etats-Unis, ajoutant « que nous espérons beaucoup que ce sera fait bientôt ». Il a cependant refusé de nommer aucun des représentants américains avec qui il a parlé.

La pression du lobby arrive alors que DP World, qui est principalement la propriété de l’émirat de Dubai, a fait cette année sa première expansion dans le secteur du pétrole et du gaz, acquérant Topaz Energy and Marine, basé à Dubai, pour plus d’un milliard de dollars. Parallèlement, les Emirats arabes unis ont été fortement impliqués dans le processus de transition au Soudan et se sont engagés à injecter des milliards de dollars pour stabiliser le pays après le renvoi de Bashir.

Rohan Advani, associé principal en politique étrangère à The Century Foundation qui a écrit sur DP World et ses liens aux familles dirigeantes émiraties, a dit que les Emirats arabes unis « avaient indiqué clairement qu’ils faisaient un effort concerté pour étendre leur influence dans cette région ». Le problème avec le Soudan, a-t-il dit, « est qu’il est sous sanctions internationales. Donc, évidemment, y faire des affaires est difficile ».

DP World n’est pas un nouveau venu dans les campagnes d’influence américaines. En 2006, la compagnie avait été forcée de se retirer d’une offre pour exploiter six ports américains — malgré le soutien du gouvernement de George W. Bushà cause de la réaction du Congrès, dans le sillage des attaques terroristes du 11 septembre 2001.

Yousef al-Otaiba, l’ambassadeur des Emirats arabes unis aux Etats-Unis, a qualifié l’expérience de « de coup de semonce, essentiellement » pour le pays, qui s’est depuis transformé en une puissance du lobbying. DP World n’a pas répondu à une demande de commentaires.

« Ils se sont tellement développés dans les 20 dernières années que leur réputation a assurément changé », a dit Advani.

Ben-Menashe a représenté auparavant l’homme fort de l’Est libyen, Khalifa Hifter, et l’an dernier il a signé un contrat d’un million de dollars pour aider Nabil Karoui, candidat à la présidentielle tunisienne, à gagner l’élection. Ce contrat a provoqué un scandale majeur en Tunisie et a contribué à la défaite de Karoui après qu’Al-Monitor en a le premier rapporté l’existence.

Aaron Schaffer est assistant de rédaction à Al-Monitor à Washington, DC. Sur Twitter: @aaronjschaffer

Publié initialement dans Al-Monitor le 7 janvier 2020; traduit de l'anglais par CG pour TACBI.