Scandale des tests sérologiques de la Covid-19 en Tunisie : l’entreprise française Biosynex et ses ramifications israéliennes

Soumis par admin le lun 28/09/2020 - 20:19
Nanosynex-Biosynex
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Dans un article intitulé « Comment le gouvernement tunisien a-t-il géré les ‘contrats’ liés à la Covid-19 ? » publié le 24 septembre 2020, la journaliste Khaoula Boukrim a révélé que le gouvernement tunisien aurait conclu fin mars 2020 un contrat pour l’achat de 400 mille tests sérologiques de la Covid-19 (200 mille tests antigéniques et 200 mille tests des anticorps). Selon la journaliste, ce contrat est entouré d’un soupçon de corruption

La commande des tests rapides est entourée d'un ‘soupçon de corruption’, notamment en ce qui concerne les délais dans lesquels l’appel d’offres a été publié pour acquérir 400 mille tests rapides, et la façon dont la Pharmacie centrale a traité l’affaire en s’abstenant de publier les résultats de cet appel d’offres et d’annoncer les entreprises qui l’ont remporté. Le 20 avril, l'Instance nationale de lutte contre la corruption a reçu une notification de suspicion de fraude concernant le contrat d’achat des tests rapides. Olfa Shahbi, membre de l’Instance nationale de lutte contre la corruption, nous informe que, selon cette notification, l’appel d’offres international était ouvert pendant seulement 4 jours, dont deux jours de congé, samedi et dimanche. Par conséquent, toutes les entreprises n’ont pas été en mesure de préparer les documents administratifs et financiers nécessaires à leurs propositions et de prendre sérieusement connaissance de l’appel d’offres. Shahbi indique également que l’appel d’offres semblait conçu ‘sur mesure’ pour une entreprise spécifique, qui disposait d’excellentes informations sur le marché faisant l’objet de cet appel d’offres.

Une des entreprises en question qui a remporté l’appel d’offres, dans des conditions assez obscures, serait l’entreprise française basée à Strasbourg Biosynex. La journaliste indique par ailleurs que la plus grande ambiguïté règne sur la réception des tests sérologiques par la Pharmacie centrale :

Concernant la réception ou non des 400 mille tests, Dr Yusra Kerkeni, du ministère de la Santé, nous informe le 5 juin que ‘la commande est presque arrivée’ sans donner de détails supplémentaires.

On apprend dans une interview de Haykel Dekhil, le Pdg de GS Santé, représentant commercial de Biosynex en Tunisie, sur Mosaïque FM le 12 mai 2020, qu’une première livraison de 30 mille tests est arrivée à Tunis le 11 mai. Il a affirmé que ces tests « français » seraient beaucoup plus fiables que les tests chinois souvent défectueux : ils seraient fiables à 98% et ils auraient obtenu les validations de l'Institut Pasteur en France et de l'hôpital militaire de Tunis selon ses allégations.  

On apprend par ailleurs dans un article publié dans La Croix en septembre 2020 que Biosynex achète les tests sérologiques de la Covid-19 à un fournisseur chinois et elle assure seulement le conditionnement final !

Concernant l’utilisation des tests sérologiques de l’entreprise Biosynex, la journaliste Khaoula Boukrim affirme dans son article :

Selon des sources médicales dont nous ne divulguons pas l’identité, en raison de la sensibilité de leur position, il semble que le ministère de la Santé n’ait utilisé dans les hôpitaux que les tests PCR mais pas de tests rapides, contrairement à la promesse faite par le Ministre de la Santé Abdellatif Mekki le 3 avril, qui a déclaré que les tests rapides seront utilisés dans un premier temps dans les hôpitaux.

Au cours de la troisième semaine après la levée du confinement, l’auteur de cette enquête a repéré l’utilisation de tests rapides les 26 et 27 mai derniers à l'occasion du retour  en classe des lycéens en 4ème année, dans les gouvernerats de Gafsa et Monastir. Mais ces tests rapides ont été produits par l’entreprise chinoise Sinocare.

Nissaf Ben Alaya nous a informé que ces tests chinois ne sont pas parvenus en Tunisie directement depuis la Chine, mais seraient probablement arrivés sous forme de dons d’autres pays. Elle a ajouté que les tests rapides repérés par l’auteur de cette enquête proviennent d’un stock antérieur à la commande des 400 mille tests de Biosynex. 

Au cours de la même période, l'auteur de cette enquête a repéré qu'un autre type de tests rapides de l'entreprise Biosynex ont été utilisés pour les étudiants de l'Institut supérieur d'études technologiques de Kebili. Par ailleurs, la télévision tunisienne a diffusé un reportage, daté du 2 juin, montrant l'utilisation de tests rapides Biosynex au profit d'étudiants et de professeurs du gouvernorat de la Manouba.

Selon le même article, l’ambiguïté règne aussi sur une seconde commande de 500 mille tests sérologiques de la même entreprise Biosynex, confirmée par son Directeur général Thomas Lamy dans une interview au journal marocain l’Opinion. Mais Riad Zayane, le Dg de GS Santé, représentant de Biosynex en Tunisie, a affirmé à Khaoula Boukrim  que la commande aurait été annulée car les délais fixés par le gouvernement tunisien étaient trop courts. 

Thomas Lamy a déclaré dans son interview que le test anticorps coûte environ 10 euros et que le test d’antigènes est en revanche plus cher. Riad Zayane affirme avoir fait une offre à 15 dinars tunisiens le test (soit environ 5 dollars américains) sans indiquer pour quel type de test. Selon Khaoula Boukrim, « la présidence du gouvernement tunisien a publié le 15 mai des informations sur les stocks de la Pharmacie centrale en équipement de protection contre la Covid-19, qui inclut le montant d’un appel d’offres portant sur l’achat d’un million et 600 mille tests rapides, estimé à 32 millions de dinars tunisiens (soit 11 millions de dollars américains) ». La valeur de la première commande passée à Biosynex s’élève donc à au moins 3 millions de dinars tunisiens — au moins un million de dollars américains (et probablement plus).   

 

Biosynex et ses ramifications israéliennes

La société Biosynex est spécialisée dans la conception et la distribution des tests de diagnostic rapide. Elle a été fondée en 2005 par Larry Abensur (Pdg), Thierry Paper (Dg) et Thomas Lamy (Dg). Selon son site web, son chiffre d’affaires annuel s’élève à 35,2 millions d’euros.

Les trois fondateurs occupaient avant des postes de responsabilité au sein de l’entreprise israélienne Orgenics, qui développe, fabrique et commercialise des kits de test de diagnostic autonomes qui analysent le sang, la salive et d'autres échantillons pour détecter des maladies infectieuses telles que le SIDA, l'hépatite et la chlamydia.

La franco-israélienne Diane Abensur Bessin, fille du Pdg Larry Abensur, a obtenu un MBA au Technion - Israel Institute of Technology (l’Institut Technologique d’Israël) basé à Haïfa. Elle a fondé pendant ses études la start-up Nanosynex dans le but de produire un kit de diagnostic rapide pour prescrire le bon antibiotique. Ce projet mené avec sa camarade Michelle Heyman et l’assistance de la professeure Shulamit Levenberg, Doyenne de la faculté d’ingénierie biomédicale du Technion, a profité d’un don de 500 mille dollars d’Israel Innovation Authority. Nanosynex était basée au démarrage dans la Pépinière d’entreprises du Technion, avant de déménager au Weizmann Science Park à Tel Aviv

Nanosynex a ouvert une filiale française en août 2019, domiciliée au 8 rue du Général Ducrot à Strasbourg. C’est la même adresse que la holding A.L.A. Financière de son père Larry Abensur à travers laquelle il détenait 33,35% du capital de Biosynex avant d’en céder une partie en avril 2020. Selon un article du journal Le Revenu, Larry Abensur et ses deux associés, Thierry Paper et Thomas Lamy, ont cédé en avril plus de 180 milles titres sur le marché, pour plus de 3 millions d’euros. Le cours de l'action Biosynex a été multiplié par plus de cinq depuis le début de la crise liée au coronavirus.

Nanosynex a obtenu un financement de 50 mille euros du programme européen H2020 en juin 2018. Voici la présentation qui figure sur la page Cordis de ce projet :

Nanosynex Ltd est une start-up israélienne qui fournit aux systèmes de santé une solution de diagnostic microfluidique rapide pour un traitement antibiotique plus rapide et personnalisé. La société a l'intention de se développer d'abord sur le marché européen, grâce à son partenariat stratégique avec Biosynex, un leader français des tests de diagnostic rapide (TDR) qui dispose d'un réseau de distribution établi en Europe, au Moyen-Orient et en Afrique (plus de 60 pays). Par la suite, Nanosynex se développera à l'international. Nanosynex devrait générer 14,7 M € et un EBITDA de 3,4 M € d'ici 2024.

Technion, pépinière d’élite des étudiants-soldats israéliens

P. Lavie, Président du Technion, l’Institut Technologique d’Israël, écrivait dans un éditorial d’août 2014 dans la foulée de la guerre israélienne meurtrière contre Gaza :

Cet été, Israël est de nouveau contraint de se défendre face à un feu roulant de missiles visant des populations civiles. Une nouvelle fois, le système de défense anti-missiles ‘Dôme de Fer’ a épargné d’innombrables vies civiles. ‘Dôme de Fer’ a été développé par les excellents ingénieurs de Rafael Advanced Defense Systems, dont la plupart sont des diplômés du Technion. En outre, un vaste réseau de tunnels de la terreur, dont beaucoup menaçaient directement des enfants, des femmes, des hommes israéliens non armés, a été découvert et neutralisé. Dans ce domaine également, les scientifiques du Technion sont partie intégrante de l’effort pour mettre l’innovation scientifique en mesure de déjouer cette menace

Le Technion est le fer de lance technologique de la colonisation israélienne. Ses idéaux n’ont rien à voir avec ceux d’une institution universitaire ordinaire. C’est l’université israélienne comptant la proportion la plus élevée d’étudiants et de professeurs militaires, anciens militaires ou réservistes. À l’occasion de la guerre israélienne de 2014 qui a provoqué la mort de 2.200 Palestiniens (dont deux tiers de civils), le Technion a levé plus de 500 mille dollars d’aide privée pour ceux de ses étudiants (un peu plus de 600) qui faisaient la guerre à Gaza. 

Le Technion maintient des liens très étroits avec les entreprises israéliennes d’armement Elbit Systems et Rafael Advanced Defense Systems Ltd. On pourrait dire, en paraphrasant un mot célèbre, que ce qui est bon pour le Technion est bon pour Israël identifié à son complexe militaro-industriel. La guerre est une source inépuisable de travaux pratiques. Le Technion tire de sa participation aux crimes de guerre israéliens des financements externes, des projets de recherche, un terrain d’expérimentation permettant ensuite d’exporter le know how israélien en la matière dans plus de 70 pays du monde. Une pétition contre les accords conclus entre l’École polytechnique en France et le Technion en 2013, lancée par l’Association française des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (AURDIP) en septembre 2014, a recueilli en deux semaines plus de 600 signatures, essentiellement parmi les universitaires français, dont des chercheurs, des enseignants, ainsi que des élèves et des anciens élèves de l’École polytechnique.

 

La Campagne tunisienne pour le boycott académique et culturel d’Israël (TACBI) dénonce les zones d’ombre qui entourent la commande de ces tests sérologiques suite à un appel d’offres qui aurait été remporté partiellement par l’entreprise française à ramifications israéliennes Biosynex, et en fait porter l'entière responsabilité au ministère de la santé et à la Pharmacie centrale. Elle appelle l’Instance nationale de lutte contre la corruption et la justice à faire à toute la lumière sur les conditions d’attribution de l’appel d’offres et sur la livraison de la commande. L'argent du contribuable et les dons récoltés pendant l’épidémie de la Covid-19 ne doivent pas servir à renflouer les caisses de cette entreprise et à enrichir ses dirigeants. 

Nous appelons le Gouvernement tunisien à retirer l’accréditation de Biosynex dont les activités commerciales s’apparentent à une normalisation cachée avec l’ennemi sioniste, et à suspendre tous les accords qu’elle a conclu en Tunisie.

Nous appelons de nouveau les représentants élus du Peuple tunisien à se saisir de cette affaire pour faire toute la lumière sur les nombreux scandales de normalisation avec l’ennemi sioniste que nous avons révélés avec nos partenaires de la société civile. Notre appel s’adresse particulièrement au Président de la république dont les déclarations pendant la campagne électorale en faveur des droits inaliénables du Peuple palestinien et contre la normalisation avec l’ennemi sioniste ont été accueillies très favorablement par l’écrasante majorité du Peuple tunisien et par l’opinion publique arabe, particulièrement en Palestine occupée.


La Campagne Tunisienne pour le Boycott Académique et Culturel d'Israël (TACBI).