Un cargo lié à Israël pris dans la tempête tunisienne

Soumis par admin le mar 07/08/2018 - 08:30
Cornelius A
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Les responsables syndicaux de Tunisie demandent à leurs adhérents de ne pas décharger ce cargo lié à Israël s’il accoste au port de Radès dans les prochains jours.

Selon les données de suivi, le Cornelius A a quitté le port espagnol d’Algésiras dimanche soir, en direction de Radès où il devait arriver le 9 août.

Mais au cours du week-end, il y a eu des indications selon lesquelles le départ aurait été annulé, ce qui a encouragé les militants de la solidarité avec la Palestine à célébrer une victoire.

La semaine dernière, les militants et la fédération de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) ont demandé aux autorités tunisiennes d’interdire au Cornelius A d’entrer dans les eaux nationales parce que le navire, appartenant à la compagne turque Arkas, apparaît être exploité pour le compte de la compagne maritime israélienne Zim.

Le navire parcourt apparemment la Méditerranée dans le cadre d’un réseau proposant de transporter des cargaisons entre Haïfa, un port de l’actuel Israël, et Radès en Tunisie, via des ports espagnols.

Les militants considèrent que l’utilisation par Zim d’un navire battant pavillon turc constitue une tentative de normalisation secrète entre Israël et la Turquie, qui n’ont aucune relation officielle.

La semaine dernière, l’autorité portuaire tunisienne, l’Office de la marine marchande et des ports (OMMP), et l’ambassade de Turquie à Tunis ont nié tout rapport avec le Cornelius A, mais cela n’a pas réussi à convaincre les militants.

« Une position nationale »

 Vendredi, trois grandes fédérations syndicales palestiniennes ont écrit au secrétaire général de l’UGTT, Nourredine Taboubi, exhortant l’organisation syndicale tunisienne à mobiliser tous ses efforts pour empêcher le déchargement du Cornelius A à Radès et, plus généralement, d’empêcher toute normalisation de liens avec Israël.

Le lendemain, Taboubi réaffirmait que l’UGTT bloquerait toute « entité sioniste qui tenterait de pénétrer sur le territoire tunisien ».

Dimanche, TACBI, la Campagne tunisienne pour le boycott académique et culturel d’Israël, a annoncé une victoire quand il a paru que le Cornelius A s’était arrêté en mer, et toute référence à l’arrivée prévue du navire en Tunisie disparaissait de l’Internet.

L’OMMP, l’autorité portuaire tunisienne, a retiré l’annonce d’une escale prévue pour le Cornelius A de son site officiel.

La compagnie maritime israélienne Zim a également supprimé de son site toute référence au Cornelius A assurant pour son compte un service vers Radès.

Pourtant, alors que le navire semble avoir à nouveau mis le cap sur la Tunisie, les dirigeants syndicaux intensifient leurs appels au gouvernement afin qu’il l’arrête.

Lundi, l’UGTT a demandé au gouvernement et aux autorités portuaires de révéler tout fait concernent le navire et elle demande une enquête parlementaire sur les transactions secrètes de la Zim en Tunisie.

La fédération syndicale a exhorté ses syndicats membres et les travailleurs du port à se mobiliser afin « d’empêcher ce navire de souiller le territoire tunisien ».

L’UGTT a également demandé à la Turquie d’enquêter sur les liens de ce navire avec Israël, liens précédemment niés par son ambassadeur, et de ne pas faire allusion aux chaleureuses relations de la Turquie avec la Tunisie, comme une couverture pour repousser les critiques et les préoccupations.

L’UGTT a déclaré : « notre refus de l’entrée de ce navire dans nos ports est une position nationale prise seulement par ceux qui se montrent les plus vigilants pour la Palestine, notre cause centrale ».

Elle a demandé que la ligne turque d’Arkas, qui possède le Cornelius A, respecte la loi tunisienne et s’abstienne de toute activité « portant atteinte à la souveraineté et aux intérêts de la Tunisie et contrevenant à sa position de principe selon laquelle la Tunisie n’a aucun lien économique ou diplomatique avec l’entité sioniste ».

L’UGTT tient également à ce que le gouvernement dresse une liste des navires de propriété étrangère utilisés par des compagnies israéliennes afin de leur interdire l’entrée dans les ports tunisiens ou de livrer subrepticement un cargo israélien au pays.

Le deuxième bateau de la Flottille réquisitionné

En 2014, des militants et des organisations syndicales des États-Unis, motivés par l’attaque militaire d’Israël contre Gaza, ont réussi à  empêcher les bateaux de la Zim de décharger au port d’Oakland.

Aujourd’hui, des militants tunisiens affirment qu’il est inacceptable qu’un navire lié à Israël puisse accoster en Tunisie pendant qu’Israël maintient un blocus maritime sur la bande de Gaza occupée.

Le 29 juillet, les forces militaires israéliennes ont pris d’assaut et réquisitionné l’Al Awda, l’un des deux bateaux qui transportent des militants, des journalistes et du matériel médical en tentant tenter de briser le siège de Gaza.

Samedi, les organisateurs de la Flottille ont déclaré qu’ils avaient perdu le contact avec le Freedom, le deuxième bateau essayant d’atteindre Gaza.

« Nous avons quelque raison de présumer que les forces d’occupation israéliennes ont maintenant lancé leur assaut et que le bateau est encerclé dans les eaux internationales », a déclaré la Coalition pour la Flottille de la Liberté. « La dernière position connue le signalait à environ 40 miles nautiques de la côté de Gaza ».

Cet article a été publié initialement par Ali Abunimah dans the Electronic Intifada le 6 août 2018.

Traduit par JPP pour TACBI